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Un dimanche à Palerme

Palermo, Italy


Notre vol Al Italia atterrit avec une bonne heure de retard. Le temps de récupérer nos bagages, de rejoindre le centre-ville en bus et de passer prendre une douche dans notre Bed&Breakfast, il est déjà l’heure de passer à table. Anne s’est occupée du repérage : le Kursaal Kalhesa est sis dans les murailles du fort Umberto I. Depuis la promenade du port, on entre par une vieille porte en bois cloutée. Sous une enfilade de voutes romanes, on traverse une librairie meublée de coussins arabisants. Puis on monte un escalier monumental pour déboucher dans un patio éclairé à la bougie. L’air est tiède, tout juste rafraichi par la brise du soir, mais c’est une rémission par rapport à la chaleur du jour. Même nous, qui l’avons vécue depuis les couloirs climatisés de l’aéroport, le sentons. Ce premier dîner suffit à nous dépayser. Et il présage assez bien de la qualité gastronomique de ce voyage… Pour ceux que nos faits de bouche intéressent : le menu en fin de post.
Le lendemain, on se lève avec l’angélus. A Palerme, il y a plus d’églises que de boîtes aux lettres. Et contrairement à celles de Montréal, elles n’ont pas été reconverties, ni en loft, ni en spa. Non seulement les Palermitains continuent à entretenir leur collection d’églises avec zèle, mais plus étonnant encore : ils les utilisent. En ce dimanche matin, flânant de nefs en transepts, nous suivons l’office par épisodes. Et nous ne pouvons pas manquer de remarquer le premier détail qui, en Sicile, fait du dimanche la journée des hommes : ce sont leurs voix de basses mélodieuses qui résonnent sous les voutes de toutes les églises de la ville…
Déambulant dans les ruelles assommées de chaleur, nous poussons jusqu’au marché Ballaro. Ici, il est réputé pour sa taille et pour son achalandage, mais pour nous, il a deux autres particularités plus étonnantes : c’est le marché du dimanche et c’est un marché d’hommes !
De fait, nous ne croisons quasiment pas de femmes entre les étals où les légumes ont de quoi rendre fou un peintre de nature morte. Les aubergines sont violettes, les tomates feraient pâlir la pourpre impériale et les zuchine lungo (longues courgettes) prennent des formes abracadabrantes. On croise de gigantesques paniers de petits escargots blancs, bien vivants, que les Siciliens achètent par kilos pour la salsa de pasta. Sur les étals
de poissons trônent des thons rouges - assez énormes pour déclencher une guerre au japon – ainsi que des espadons, exposés sabre au clair, comme des héros morts au combat. Les bouchers laissent pendre à leurs crochets des collections d’abats aussi impressionnantes que peu ragoutantes. Et partout, les Palermitains arborent leurs gueules de tueurs, si caractéristiques que je décide d’entamer une série de portraits en noir et blanc pour révéler
le mafieux qui sommeille en chaque Sicilien (toutes photos prises de loin avec un gros téléobjectif parce que je ne tiens pas à finir au fond du port, les pieds coulés dans le béton).
Les rayons du soleil tombent de plus en plus verticaux et les ombres mincissent en même temps que les ruelles se vident. Le temps d’avaler trois antipasti, on rejoint notre hôtel pour sacrifier à une tradition locale incontournable : la siesta !
Quand enfin on ose s’aventurer hors notre sanctuaire climatisé, il n’est pas encore l’heure de dîner, mais celle de l’apéritif est déjà bien avancée. Deux verres de vin sur une terrasse arborée, où le pianiste improvise brillamment sur le rythme de la conversation enflammée que notre voisin Sicilien tient avec son téléphone, et nous partons en quête d’un restaurant…
Mais le dimanche soir à Palerme, on ne dîne pas où on veut. Et quand Anne est à la manœuvre, on ne dîne pas non plus n’importe où. Si la carte est disponible en japonais, c’est le piège à touristes assuré ! On cherche donc désespérément une trattoria authentique. La déambulation me paraît aussi longue qu’hasardeuse, mais elle nous permet de faire trois fois le tour du Theatro Massimo (l’opéra où a été tournée la tragique scène mythique du parrain III). Finalement, après être passés trois fois devant, nous trouvons la Trattoria Boccasa. Voici deux anecdotes que je vous livre brutes en vous laissant vous faire un avis par vous-même :
- après trois mots de mon anglais ravageur, le serveur repère mon accent et nous répond directement en français. Tandis qu’on le félicite pour la qualité avec laquelle il pratique la langue de Rabelais, celui-ci nous répond sans ambages : « Vous savez, moi je suis tunisien, mais j’ai fait vingt ans de prison en Italie alors j’ai un peu perdu mon français… ». Véridique !
- la trattoria est installée dans le hall d’un palais qui peut accueillir facilement une centaine de couverts, mais ce soir, deux gigantesques tables, de 25 couverts chacune, occupent la moitié de la salle. Des petits groupes s’installent les uns après les autres (mari, femme et enfants le plus souvent). Les hommes s’embrassent chaleureusement. Alors que nous entamons nos antipasti, presque tout le monde est arrivé, il ne reste plus que trois places au centre de la table de gauche, mais personne n’a commencé à manger, ni à boire. Les serveurs, particulièrement attentionnés avec la familia qui occupent la moitié de la trattoria, n’ont même pas apporté les bouteilles d’eau. Puis le parrain arrive… Pardon ! Le dernier invité ! Dans la cinquantaine, costume gris, chemise sans cravate, accompagné d’une femme très classe dans la fleur de l’âge et d’une gamine en talons aiguilles. Tous les hommes se lèvent pour l’embrasser. IL s’assied et le bal des serveurs (tout droit sortis de prison) commencent.
Par l’immense baie vitrée devant laquelle ils sont attablés, on contemple la silhouette du théatre Massimo où Coppola a filmé la mort de la fille Corleone…
Anecdotes mises à part, on a très bien mangé. En particulier des tagliatelles - aux crevettes, pesto et pistache - franchement délicieuses. Comme quoi les cantina mafieuses ne sont pas les plus mauvais endroits où échouer un dimanche soir à Palerme.

Le menu du Kursaal Kalhesa (37 € par personne vin compris)
Antipasti :
- Alici marinate con mozarella di bufala (Sardines marinées au citron avec mozzarella de buffle
- Brick tunisino (brick de thon pomme de terre et aromates)
Primo di pasti (solo)
- Fettuccine con gamberi e fiori di zucca (sorte de tagliatelles fraiches aux gambas et à la fleur de courgette)
Dolce
- Tortino caldo al pistachio (fondant à la pistache)
- Semi freddo alla fragola e albicocca con salsa ai frutti di bosco (parfait glacé aux fraises avec coulis de fruits des bois)
Accompagné d’un Kados 2008 (Terruta di Risignolo – Duca di Salaputra)

Photos de Palerme : http://picasaweb.google.fr/microsam/Palerme?authkey=Gv1sRgCMKhp8jbk4POXg#
Galerie des mafiosis : http://picasaweb.google.fr/microsam/Mafiosi#

permalink written by  Anne & Sam on July 12, 2009 from Palermo, Italy
from the travel blog: Sicilia, tre colore a la bocca
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